"Amour"
Adaptation du roman " Amour, colère et folie" de Marie Vieux-Chauvet
Adaptation: José PLIYA
Mise en scène: Vincent GOETHALS
Théâtre National de Toulouse -14 mai 2008
[Amour est l'adaptation pour le théâtre d'un roman haïtien narrant la vie d'une vieille fille de trente neuf ans, aînée de trois filles. L'arrivée du jeune mari étranger de sa cadette et le caractère frivole de la plus jeune troublent la vieille fille. La virginité comme une prison dans le contexte de la révolution haïtienne.]
La peau s'assombrit au coeur de la moiteur d'un été tropical.
Ma soeur, voilà ma soeur, aux gestes fatigués, grosse de son enfant et de son désir assouvi.
Voilà ma soeur, encore, au sourire dévorant
Au corps évident
A la paresse limpide
Vos corps blancs se prélassent aux battements des pales du ventilateur.
Vous aimez l'homme blanc venu d'ailleurs.
Vous aimez l'homme blanc quand je me tords.
Il me sourit. Voyez la goutte de sueur perler sur sa lèvre supérieure.
Son regard attentif m'enveloppe - il est à moi
Il me parle, détendu, bavard - il est à moi.
Et sa voix et ses mains la nuit, n'est ce pas...la nuit...
L'autre danse,
Je vois ses pieds longs et osseux
Je vois ses cuisses, nerveuses,
Comme il tourne en arabesques mes fantasmes les plus secrets.
C'est mon hymen intact, ma torture silencieuse , ma punition infinie
Le refus de tout dans un noeud de chair qui m'enterre vivante alors que je respire transpire frissonne souffre...
Mais le sang n'a pas coulé.
Et je râle comme un animal blessé dans la poussière
Ne pouvant me soumettre à cette condamnation à une vie sèche au désir détruit au regard abattu
Quand je suis être humain moi aussi
Femme humiliée par votre mépris qui se noie dans votre pitié
Qu'ai je fait pour qu'aucun homme ne me caresse, ne me pénètre, ne m'accompagne ?
Pourquoi cette prison en moi, aux parois de muscles palpitant ?
Pourquoi devrais-je taire mes émotions mes sentiments, à jamais?
Chaque instant de ma vie de femme ignorée, chaque sentiment tu en mon sein, chaque humiliation quotidienne nourrit ma haine, sans fin.
L'homme refuse la vieille fille,
Amour.
L'homme,
En valse lente, se détourne et brûle son regard à la jeunesse blonde
Qui rit en dodelinant
Qui se coule contre lui sans résistance
Qui gémit facilement sous sa main chaude
Le peuple crie sa faim
Et sa révolte
L'oppression tord les bras, corrode l'espoir, torture les corps,
Le peuple gronde en pleine rue, en plein soleil, tendu et vengeur,
Ses vociférations se mêlent à ma colère...
Je les rejoins, mes frères.
Je tuerai.
Un poignard à la main.
Je tuerai.
Pour libérer mon sang,
Amour.
Je tuerai.
28 août 2008
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1 commentaire:
L'amour et la haine sont soeurs jumelles. Le dépit, la souffrance peuvent naître de l'un comme de l'autre.
Tu en écris trop sur le dénouement qu'on imagine pourtant sans que tu y mettes les mots.
Mais l'essentiel est le jeu, l'émotion ressentie.
Sur ce plan la pièce semble t'avoir marquée.
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