Titre : A la française
Auteur :Edouard Baer
Lieu : Théâtre Marigny
Date : depuis septembre 2012
Je passais au hasard le long d'un boulevard pluvieux de neige froide en plein septembre. C'est Paris, voilà ma France, grise et brouilleuse. Maussades, mes idées vertes s'empaquetaient les unes les autres, prêtes pour le grand départ. Mais on est déjà parties, je leur dis. On y est, à Paris. La grande ville aux grands boulevards. Aux buttes renversées. Regarde comme les filles sont fines et les hommes élégants. Ils se meuvent mieux qu'ailleurs, leur style se déploie en phrases virevoltantes, brillantes, expertes citadines. Assise à une terrasse bruineuse, j'écoute la rumeur concentrée de ceux pour qui l'apparence est ludique et nécessaire, plus sérieuse qu'un agent de change. On dit trader. Ok. J'arrive, c'est tout. Bon sang, j'y suis, à Paris. Ici, maintenant.
Le grand manège débute son imperceptible rotation. Regarde, regarde ! C'est Paris, voilà ma France. Mais mon cœur en a assez de traîner. Il veut s'arrêter là. Ou revenir vers une autre vie, un endroit ensoleillé, avec des amis de bière et des frères de sang. Tu sais, d'autres pavés, plus au sud, il me dit, mon cœur. Il est con, mon cœur. Il ne sait pas ce qu'il veut. Ils forment une sacrée troupe avec mes idées vertes. Tu la voulais ta liberté, elles ricanent, les idées vertes. Et alors ?, je leur réponds. On y est, non ? À Paris, ma France. On y sera mieux qu'ailleurs. Tous ensemble. C'est important, que chacun ait sa place. Chaque personnalité, chaque peau, chaque regard, chaque corde vocale. Qu'on se dispute, mais qu'on soit ensemble. À Paris. Voilà ma France.
Et puis, ici, il y a tout ce que j'ai perdu ailleurs, plus au Sud. Un rêve, un fantasme de destin trituré, en lambeaux. Ici, tu vois, il y a une lueur d'espoir, un jet inutile, poétique, vers l'infini, un une sorte d'apesanteur... Des hommes qui rêvent éveillés et qui rient tout seul. À Paris, il y a Edouard Baer qui roule dans les mirages d'une France défoncée comme une chemin de campagne. Il tente le saut en trampoline pour atteindre la lune, nous promet un miracle, une histoire qui nous rendrait un peu plus dignes, un peu moins intolérants. Il tente de nous distraire par un saut périlleux arrière dans un roulement de tambour paresseux ; mais personne n'y croit plus vraiment. On préfère se prendre pour un chat magicien. Se déguiser en chaise, en Louis XIV, en voiture banalisée. Mon cœur lourd s'est envolé avec une Marianne en pause clope, mes idées vertes essayent de charmer l'auteur de cette manigance.
Avec trois bouts de ficelle, des baguettes et un chat, je te raconte la France, moi ! Une troupe de comédiens navigue à vue sur une scène dépouillée. Ils voudraient parler d'autre chose que de ce sujet trop lourd pour une troupe comme ça. Légers le champagne, la vie, la musique. Légère la réalité, à petites doses, hein. La France, tu l'as pas vu passer ? Elle se détruit la santé à force de jogging et de vitamine C. Elle rêve de quoi ? D'un triple A, qu'elle reçoit, les mains moites et le sourire pincé. Il est où le verre de vin rouge douteux qu'on boit cul sec ? elle est où la gouailleuse, la Nini, la vie paillarde ? Elles sont où les idées rayonnantes, les révolutions littéraires, les peintres géniaux ? On a éteint les Lumières par souci d'économie, et maintenant on ne voit plus rien. C'est malin.
On n'a plus qu'à se raconter des histoires.
Drôles.
8 oct. 2012
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2 commentaires:
tu remets le couvert et me voily voilà ;)
Vu mon niveau intellectuel du moment, il me faudrait juste un bouton "j'aime". ;-)
welcome back!
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